Soirées «Cinémas»2018-06-08T18:14:39-04:00

Les soirées organisées par l’APPQ sous l’appellation « Cinémas », ont connu leur première prestation le 28 septembre 2001. Elles portent ce nom au pluriel pour souligner le fait que chaque spectateur se fait son propre cinéma à même les films qu’il voit projetés devant lui, comme il le fait pour ses rêves. Ces soirées consistent en une présentation et une discussion d’oeuvres filmiques offrant un intérêt pour l’exploration de l’inconscient, aussi bien qu’un attrait esthétique et dramatique. Elles comportent une brève introduction au film, la projection, un commentaire formulé selon un point de vue psychanalytique
et un échange avec la salle. Les films au programme sont annoncés avant chaque semestre sur le site web de l’APPQ et à travers des listes d’envois courriel sur lesquels on peut s’inscrire en nous contactant.

25mai,2024

Close

Film Close/septembre 2023 Par Lorraine Boucher Je veux d’abord remercier les organisateurs du Ciné-Psy qui nous offrent le privilège de partager notre amour combiné (notre combo) du cinéma et de notre intérêt pour le monde intérieur en général, le nôtre spectateur, psy ou pas psy, et le monde intérieur des personnages qui peuplent les écrans. Close a gagné le Grand Prix du Jury au Festival de Cannes 2022. Je ne sais pas encore pour vous, mais pour ma part, j’aurais été incapable de parler à la fin de mon premier visionnement de ce film qui passait à l’automne 2022 au cours du Festival Cinémania. J’étais trop remuée. J’ai pu le voir 2 fois depuis, ce qui m’offre un peu d’espace émotionnel pour prendre la parole avec vous. Mon propos sera court et j’espère vous donnera le goût d’y aller de vos propres commentaires. J’admire la construction de ce film qui m’amène impitoyablement vers certains passages que j’aurais aimés moins tragiques. La pédopsychiatre-psychanalyste que je suis souffrait à plusieurs reprises dans ce film mélodramatique, complexe, quoique plein de nuances. La mère en moi, et probablement aussi l’enfant, souffraient. Comme le réalisateur, Lukas Dhont, 31 ans, le disait en entrevue, il voulait provoquer sans être trop manichéen. Son film nous rejoint collectivement, 10 minutes d’ovation à Cannes. Dhont ne s’en cache pas, il est l’un et l’autre de ces deux garçons, Léo et Rémi. C’est le passage de ses 13 ans, difficile, souffrant, dont il voulait parler. Il voulait mettre l’emphase sur les liens mères-fils et les relations de tendresse entre garçons. Les pères sont là, mais en retrait. Un autre passage difficile qu’il a connu, celui-là à son adolescence, avait été traité 4 ans plus tôt, par son film Girl (Caméra d’Or au Festival de Cannes 2018). C’est l’histoire d’une jeune trans, danseuse de ballet qui envisage la chirurgie de conversion. Avec Girl, Lukas Dhont voulait aborder la relation avec le père. Le père ne s’oppose pas à cette chirurgie, il accompagne avec sensibilité sa fille malheureuse dans son corps de garçon. La mère est absente du film. Le film Girl s’ouvre sur une scène : un plus grand frère, celui qui deviendra plus femme, enlace un plus jeune frère au lit, scène que nous retrouverons, dans le film Close, lorsque le grand frère serre, la nuit, son frère Léo chagriné par la perte de Rémi. Là aussi dans le film Girl, l’attirance pour le suicide y a est abordée. Les deux films débutent dans la noirceur totale à l’écran. Souhait du réalisateur, que chaque spectateur imagine un peu son film à lui, sans image, avec des voix d’enfants, avant que l’auteur ne vienne imposer ses propres représentations visuelles à cette intimité d’enfance. Par la suite, grâce à la construction de son film Close, Dhont nous invite magnifiquement à nous approcher de façon inédite du monde intérieur au tournant de l’adolescence. 2 Au début du film, il y a un travelling de jeunes garçons qui fait référence et contraste avec la course d’Antoine, dans les 400 coups de François Truffaut (1959), jeune garçon placé en institution. Antoine révolté, court désireux de retrouver ses parents, ou encore de s’échapper vers son propre destin, sans adulte, la mer à l’horizon. Dans Close, titre à double ou triple sens, condensant les sens proche, fermé, enfermé, les jeunes garçons ne sont pas révoltés. Ils ont des familles bienveillantes, pas parfaites mais soucieuses des enfants. Malgré l’amour, voilà que le drame reste secret jusqu’à l’imprévisible pour les cœurs désemparés de l’entourage. Le film donne à voir des restes inaperçus mais qui ont tous leurs importances. C’est là que la clinicienne revient un peu à la réalité. Normalement, nous avons, en clinique, des signaux d’alarme plus évidents. Ce n’était pas le désir du réalisateur de définir les facteurs de risques d’un passage à l’acte suicidaire. Dans son propre discours, Dhont voulait surtout nous sensibiliser à ne pas tout gâcher. C’est-à-dire, trop vite sexualiser les rapprochements tendres entre garçons, ce qui les conflictualise et les inhibent en contraste des filles qui peuvent, elles, avoir des liens exclusifs, se toucher, se câliner sans que ce soit si compliqué. Le début du film, est réfléchi en ce sens. Rémi et Léo, à la fin de l’âge de latence, sont Close- proches, dans le sombre du Bunker de la deuxième guerre mondiale, avec des combattants qui pourraient les surprendre. C’est un jeu masculin de combat guerrier. Nous voilà ensuite à courir avec eux dans une toile de Claude Monet parmi les fleurs magnifiques, en toute légèreté. (Les coquelicots). Gros plan soutenu sur les jeunes, pour qu’on ne les perde pas de vue. La couleur d’été va dominer la première partie du film. Les couleurs de l’innocence de l’enfance. La deuxième partie sera couleurs plus sombres de fin d’automne et d’hiver, saisons plus tristes. Un film conçu d’abord par sa chorégraphie avec les jeunes acteurs en mouvement, avant que les mots ne viennent s’y greffer dans le vocabulaire modifié par les jeunes acteurs. Le film aborde la perte d’une proximité fusionnelle confortable entre deux garçons, perte de proximité que provoquent, ici, des paroles de filles à l’entrée de l’école secondaire à l’adolescence. C’est le déclencheur du Close-fermeture. La cour d’école est le microcosme de la société, dit Lukas Dhont. Les pressions s’y font sentir, là aussi, et forcent chacun à la conformité, ici trop rapidement. L’appel du groupe à l’adolescence se fait pressant, souvent excitant mais, aussi, oppressant. Léo va sortir plus hâtivement de ce lien privilégié avec Rémi qu’il ne l’aurait fait s’il avait suivi son propre rythme. Le jeu des garçons d’âge de latence va perdre son attrait pour lui. Léo est entouré de sa famille, il a un grand frère sensible et soucieux de lui, il a un travail en collectivité dans les champs de fleurs. Il tente le hockey, où il s’y fait un autre ami que Rémi, il participe à la sortie de l’école. Il sent l’appel du groupe non sans lourdeur, sans inquiétude pour Rémi. Il sent bien que Rémi n’est pas préparé à cet éloignement et peut-être lui non plus. Rémi n’y comprend pas grand-chose, les messages de Léo ne sont pas suffisamment accompagnés de mots. 3 Rémi n’a pas de fratrie. C’est un beau garçon, il joue du hautbois, il participe à l’école, il n’est pas, sans Léo, tout à fait isolé. Nous voyons sa mère, plus précisément dans la deuxième partie du film. Elle est très sympathique mais elle est aussi sans mot. Le père de Rémi travaille à l’extérieur très souvent. On sent le monde de Rémi plus réduit, plus fragile. L’éloignement de Léo est d’autant plus douloureux. Son drame est intérieur, à la manière maternelle. On sait que son père est capable de pleurer, mais on sait aussi que sa mère s’éloigne de son père lorsque ce dernier pleure autour de la table. Elle ne peut porter secours à son compagnon. En est-il ainsi avec son fils lorsqu’il a de la peine? Elle peut être une mère calmante pour un nourrisson, on le voit dans le film, mais elle est sans mot avec Léo qui cherche son accompagnement affectif dans le deuil de Rémi. Le film laisse des zones d’ombres et c’est bien ainsi. Mais il y a un tout petit indice, qu’il y a eu, peut-être, d’autres signaux antérieurs émis par Rémi que nous ne connaissons pas. Ainsi, Rémi s’enferme dans les toilettes un matin après une invitation à dormir l’un chez l’autre, et ça ne s’est pas aussi bien passé que Rémi l’aurait souhaité. Pourquoi, sa mère s’inquiète-t-elle tant qu’il ne sorte pas de cet endroit? Rien de plus, nous sommes tous impréparés par l’issu sanglante et funeste. Et nous voilà tombés dans la deuxième partie : Le deuil de Léo se précise ainsi que son fardeau de culpabilité. Il repousse d’abord le deuil de Rémi, il l’aborde ensuite progressivement, ainsi que le deuil de la mère de Rémi qui était une presque seconde mère pour lui. Léo cherche d’ailleurs activement à la revoir, à plus d’une reprise, quand ce n’est pas qu’il la regarde furtivement, à l’enterrement, lorsqu’elle vient à l’école ou au spectacle de musique. C’est lui, encore activement, qui amorce le deuil, qui va vers elle, qui la sort un peu de son isolement affectif. La solitude de la mère de Rémi, son emmurement, son « Close-enfermée » fait évidence, sauf lorsqu’elle vient voir Léo au hockey. C’est à cette mère que Léo révèle enfin sa culpabilité, c’est douloureux, mais nécessaire pour chacun. Cette douleur les rejoint intimement, « Close-proche ». La famille de Léo se resserre autour de lui, ce qui lui permet probablement plus d’audace dans ce deuil. Notons pour finir que le film nous montre une communauté tout entière qui essaie de se réparer et de réparer de belle manière. D’ailleurs, Lukas Dhont est retourné avec son équipe de tournage dans sa communauté d’origine, à l’école primaire de son enfance, pour y faire son film Close, dont le producteur est nul autre que son frère cadet. Nous allons donc revenir nous aussi ensemble dans notre communauté de cinéphiles. Je vous invite donc à continuer avec nous et prendre la parole à votre tour. 4 (Ajouté pendant la discussion) C’est fascinant de constater le travail du réalisateur sur un pan de sa propre histoire à travers les films. En entrevue, Lukas Dhont révèle que c’est à sa mère qu’il doit son destin artistique. Son plan A, pour sa propre vie, était de devenir danseur. Il avait l’appui de sa mère. C’est un peu abordé par le Film Girl, alors que le rôle tenu par un jeune homme est celui d’une danseuse trans. Sa caméra est celle qui danse maintenant. Dans sa vie personnelle, Dhont avait regretté son expérience de spectacle de danse qu’il avait donné en solo au carrefour de l’école secondaire. Il dit, par la suite, avoir mimer être un garçon en se conformant au modèle masculin. Par ailleurs, enfant, il se souvient d’avoir vu sa mère traverser une dépression pendant laquelle elle était inaccessible. Couturière, créatrice de collection, « nous vivions au rythme de sa machine à coudre », elle était devenue alors en panne de création, « Close-emmurée » : « j’ai vu quelqu’un qui nous faisait des adieux, qui voulait aller ailleurs, sans nous ». Une période de grande désolation avait suivi. Cette mère n’était revenue à la vie qu’après avoir vu le film Titanic. Son plan B faire des films, car c’est important, allait alors germer chez ce futur réalisateur. On retrouve dans Close la mère qui s’éloigne et le besoin de reprendre contact activement avec elle. Outre une grande proximité d’avec sa mère, Dhont décrit une grande proximité d’avec son frère, producteur du film Close, mais aussi compagnon de jeu, avec lequel il fait des films depuis l’âge de 12 ans. Lorraine Boucher Pédopsychiatre, psychanalyste

6mars,2024

Pi

Pi États-Unis, 1998, réalisé par Darren Aronofky, vo sfr, 1h24 min. Un brillant mathématicien s'engouffre dans une recherche obsédée. À la suite des travaux de centaines de mathématiciens et de mystiques depuis [...]

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